Résumé:
À l’issue de ce travail de recherche, nous avons tenté de mettre en lumière le rôle fondamental
que peut jouer l’uchronie dans la relecture critique de l’Histoire, en particulier lorsqu’il s’agit de
déconstruire les récits dominants hérités de l’époque coloniale. En choisissant d’étudier le roman
Civilizations de Laurent Binet, nous avons porté notre attention sur une œuvre littéraire qui
repense les rapports historiques entre les civilisations, en inversant les dynamiques de pouvoir
établies par la colonisation. À travers cette fiction alternative, Binet propose une vision du
monde où l’Europe devient l’espace conquis, ce qui permet d’interroger les représentations
idéologiques imposées par l’Occident.
L’analyse menée dans les différentes parties de ce mémoire nous a permis d’identifier
plusieurs résultats importants. D’une part, Civilizations mobilise les mécanismes de l’uchronie
pour déconstruire la légitimité supposée de la domination européenne. D’autre part, l’œuvre met
en place un contre-récit puissant, où les symboles de civilisation, de religion et de pouvoir sont
redéfinis à partir d’un autre regard celui des Incas, devenus maîtres de l’Histoire. Le roman
s’inscrit ainsi dans une dynamique de critique postcoloniale assumée.
Parmi les hypothèses formulées au début de notre travail, une s’est révélée particulièrement
pertinente : en présentant les Incas comme colonisateurs, Binet propose une relecture de
l’histoire coloniale qui expose les injustices du colonialisme européen et permet de réévaluer les
rapports de force entre les civilisations. Cette hypothèse centrale a été pleinement confirmée par
notre étude. Le roman ne se contente pas de renverser les rôles ; il met en lumière les effets
idéologiques de cette inversion et les implications politiques de la mémoire historique.
D’un point de vue personnel, ce travail nous a permis de mieux comprendre le potentiel
critique de la fiction littéraire, en particulier lorsqu’elle mobilise des formes narratives
alternatives comme l’uchronie. Il a également enrichi notre regard sur les liens entre Histoire et
littérature, en nous montrant que la fiction peut être un véritable outil de résistance aux récits